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James Bond contre Dr. No

Affiche du premier James Bond de la série d’EON productions

Adaptation plutôt fidèle du roman de Fleming, les altérations qu’elle comporte sont le plus souvent dues au fait qu’il ne s’agit pas du premier roman de la série écrite par Ian Fleming depuis 1953. Les producteurs n’avaient pas les droits à cette époque pour mettre en œuvre les véritables début de 007, Casino Royale, et ont donc demandé aux scénaristes de rajouter certaines scènes pour que les aventures de Bond commencent ici.

Un film choc, dans plusieurs sens

 

Il peut d’abord tout simplement choquer socialement. Il comporte des moments qui ont vieilli, notamment l’attitude néo-colonialiste de Bond. Ce qui ressemble aux romans me dira t-on mais qui, n’est ici pas assez contrebalancée par son amitié forte et sincère pour Quarrel, le jamaïcain qui le guide jusqu’au sanctuaire du vilain, au contraire du roman qui a évidemment plus le temps d’approfondir leur relation. Ajoutons que d’habitude les films de la série se regardent comme s’ils avaient été fait hier ou presque, mais celui ci (avec peut être aussi le suivant) est vraiment marqué par son époque. Par exemple, l’utilisation de l’écran derrière Sean Connery lors de la poursuite en voiture. A ce titre ajoutons la musique omniprésente qui à l’exception du fameux thème, retravaillé par John Barry à la demande des producteurs, insatisfaits pas la première version de Monty Norman, est entre une production de la Hammer, des Shaw Brothers ou d’autres films produit par Broccoli comme Call Me Bwana. Il faut tout de même garder à l’esprit que c’est un premier film, qui suivait le récit du livre et qui faisait avec un budget restreint.
A l’époque le film avait surtout choqué les communistes et l’Eglise ! C’est dire … On peut le comprendre car James Bond assassine de sang froid, montre clairement ses intentions auprès des femmes et celles-ci en font de même. Et cela va plus loin en restant par la même fidèle à la lettre de Fleming. En effet il s’agit du seul film ou l’héroïne raconte clairement qu’elle a tué un homme qui avait abusé sexuellement d’elle. Cela arrive à plusieurs partenaires de 007 dans les romans, comme Tiffany Case par exemple, mais cela a disparu ensuite avec les années. De temps en temps c’est revenu. Notamment avec le personnage de Talisa Soto dans Permis de Tuer, de Camille dans Quantum of Solace ou de Severine dans Skyfall. Cela donne une force à des femmes dont a écrasé la fragilité, dont est s’est servi car elles étaient belles. Il y a un vrai thème, une vraie question sur les femmes et de manière symbolique la féminité elle-même, bafouée à l’extérieur mais aussi dans notre intériorité à tous. En parlant de codes flemingiens, le moment de purification par le feu, qui est le passage dans les tuyau chaud, a beaucoup moins d’effet dans le film. Ceci dit les puristes seront heureux de ce respect de l’œuvre et le grand public ne verra qu’un homme de grande taille à quatre pattes dans des tuyaux …

Un pionnier, sur plusieurs thèmes

 

Il n’en reste pas moins que ce qui fera le succès de la recette et qui a fait celui des romans est déjà là : le charme brutal et le permis de tuer de Bond ; d’un côté des femmes charmeuses, vénéneuses et de l’autre des belles dames en détresses mais pourtant fortes, combatives et sensuelles; un méchant cultivé, une base secrète, des hommes de mains à gogo et en dessous du verni, une symbolique ésotérique forte de la purification de soi et de la réunion avec son principe complémentaire.Il introduit surtout pour longtemps le thème de l’anti-héros. De l’anti-héros qui sauve quand même les femmes et le monde mais qui ne le fait pas par bravoure. Il y une symbolique derrière et il en profite aussi. Le sexe est abordé directement, ainsi que plusieurs plaisirs de la vie, surtout ceux du luxe. Dans le même temps cet anti-héros n’est pas de ce monde et parfois il semble le dédaigner ou au pire faire avec. Et surtout ce côté nonchalant, blagueur et suave qui restera dans les films suivants.
Terence Young, réalisateur du film, y est pour beaucoup. C’est lui qui polit le diamant brut qu’était Sean Connery qui n’avait pas d’expérience du beau monde et des costumes trois pièces. Il imposa d’ailleurs son propre tailleur et obligea Sean Connery à dormir dans son costume taillé dans un matériau qui ne peut se froisser !
Une remarque au passage : c’est bien pratique d’avoir une tarentule prête dans une cage quand on passe chez vous inopinément …

Au final, le premier Bond de la série maintenant cinquantenaire est encore un coup d’essai, avant celui de maître du film qui suivra, mais un essai transformé au charme désuet incomparable. On ne s’en lasse pas.

 

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